06/05/2008

Allez, je pose


Comme je l’ai dit dans l’avant dernier post, je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant cet entretien mercredi dernier, j’avais seulement la conviction que pour qu’un DDR et un DRH se donnent la peine de se déplacer, il y avait un espoir de réel dialogue et que tout ne serait pas mauvais pour moi.

Ils sont entrés assez vite dans le vif du sujet, et m’ont annoncée qu’étant persuadés que nous avions désormais atteint le point de non retour mon responsable et moi, je devais être déplacée pour que nous ne travaillions plus dans la même unité.  Sur le même secteur se trouvent à quelques kilomètres près 3 unités. Ils ont envisagé de procéder selon le terme consacré à un swich entre une personne d’une unité située à 6 km de celle-ci et moi, mon contrat évoluant au passage vers un 30 heures.

J’étais déjà un peu énervée car dans les premiers échanges j’ai vu que mes propos étaient mis en doute alors que je ne faisais que reporter ce qui m’avait été dit, notamment concernant le CAP de boulangerie que j’aimerais passer, pour lequel il m’a été dit que ma formation ne pourrait pas être prise en charge par le groupe du fait que je suis (largement) majeure. En me faisant cette proposition de déplacement, ils ne pouvaient pas savoir qu’ils me mettaient face à un de mes points faibles qui génère toujours chez moi beaucoup d’angoisse : la peur face aux changements.

Je suis capable de livrer des batailles « perdues d’avance » et de les remporter, à conditions d’avoir des bases très stables, par exemple savoir où j’habite quelles qu’en soient les conditions de vie, savoir où et comment je travaille, comment j’assure mes minima vitaux. Il me faut très longtemps pour m’adapter aux changements, retrouver mes marques, apprendre les lieux, les gens, c’est une lutte interne très intense et très éprouvante pour arriver malgré tout à être efficace, cela me demande énormément d’énergie. Autant que possible, j’évite ce genre de situation. Cela ne veux pas dire que je n’évolue pas, simplement je me construits à partir d’une fondation que j’élargis petit à petit, je vais chercher au loin des connaissances, des apprentissages, que je rapporte à ma base.

Alors j’ai paniqué devant ce changement non négociable, ils refusaient que je reste dans l’unité et que les tensions continuent à monter jusqu’à l’explosion de l’un ou de l’autre, si tant est que nous ne l’ayons pas déjà atteinte.  Soit j’acceptais, soit nous nous dirigions vers un licenciement. Je me suis sentie acculée, dans les deux possibilités qui « s’offraient », j’allais vivre de grandes perturbations, sur le coup j’ai eu un très mauvais ressenti de la situation, mauvais parce que négatif mais aussi parce qu’erroné. Je me sentais le grain de sable qu’on déplace pour avoir la paix, le petit pion non considéré, la branche pourrie qu’on coupe.  

Mes interlocuteurs ont durci le ton devant mon refus buté, et là d’un coup j’ai vraiment pris conscience de la situation. Je me suis dit intérieurement « là ma fille tu déc…es, tu es en train de foutre en l’air le mal qu’ils se sont donnés pour trouver une solution la plus équitable possible ». Il leur aurait été très facile d’enlever définitivement le « grain de sable » ou la « branche pourrie » en me licenciant directement, quitte à aller aux prud’hommes ensuite et payer, du moment qu’ils aient obtenu la paix.

Je ne suis pas quelqu’un d’exceptionnel qui a une importance démesurée, mais je me bats pour être respectée, comme tout le monde. Par leur démarche, du fait de s’être déplacés autant que par leur proposition, les propos tenus lors de l’entretien, leur écoute, ils m’ont accordée de l’importance, et je  n’ai pas le droit de ne pas en tenir compte, ça serait vraiment très ingrat de ma part. Mon déplacement n’est pas sans conséquences non plus pour l’autre unité, puisque la personne dont je vais prendre la place n’a rien demandée de tel, c’est un des deux aspects de la situation qui me fait culpabiliser.

L’autre aspect, c’est l’organisation concernant mes enfants. Je ne serai plus à la plonge mais en fabrication, avec comme horaires 8h-14h, 5 jours par semaine, avec en plus du dimanche un jour de repos que je suppose flottant. Ce qui signifie que je devrai partir du village maximum à 7h 15, donc lever les loulous à 6 h, alors qu’actuellement je les lève à 8. Quand je suis rentrée mercredi soir, j’en ai discuté avec eux, je leur ai dit « je vais avoir besoin que vous m’aidiez, sinon je n’y arriverai pas ». Je culpabilise de devoir impliquer et responsabiliser mes trois pommes de 9, 7 et  5 ans dans ce qui devient pour moi un défi lancé contre moi-même, pour vaincre ma phobie.

Quand j’ai appelé l’Aigle pour lui rendre compte de l’entretien, il a d’emblée vu la proposition d’un bon œil. Il a commencé à développer le raisonnement que mes interlocuteurs avaient probablement suivi pour en arriver à cette proposition, par moment il tenait mot pour mot les propos que je venais d’entendre en entretien, ils me paraissaient encore plus sensés, comme s’il venait de les valider. Ça m’a rassurée sur le bien fondé de ce qui était en train de se passer, car à 500 km de là, sans connaître le DRH ni le DDR il en arrivait aux mêmes conclusions.

A partir de l’entretien, j’avais au maximum une quinzaine de jours pour donner ma réponse, la situation devant être réglée désormais rapidement. La priorité se situait autour des enfants, hors de question de les laisser seuls le matin pour partir bosser. Le centre de loisirs propose un accueil périscolaire dès 7 h 15, les enfants sont amenés en classe pour 8 h 50. Mais bien entendu ça a un coût. Avec mes voisins on est en échange continuel de coups de main, j’ai vu avec eux une organisation qui me permettrait de leur laisser plutôt qu’ils aillent au centre. Je voulais avoir plus d’une solution de garde, afin de ne pas avoir à solliciter tout le temps mes voisins, ni d’exploser le poste garderie de mon budget.

Restait le problème du mercredi, car pour le moment le matin ils font grasse mat’, je ne les mets au centre qu’à 11h30 pour le déjeuner, afin qu’ils n’aient pas de pression sur les horaires ce jour-là. Et là, école ou non, ils vont devoir décoller à 7h15. J’ai appelé mes parents pour voir avec eux si je pourrais leur déposer les loulous le mardi soir, ils ont dit oui tout de suite. Ils ont même proposé de les garder à coucher le mercredi soir et de les emmener eux-mêmes à l’école le jeudi matin. A voir, car je veux aussi profiter d’être avec eux le mercredi après-midi. Et puis je verrai comment ça se passera au niveau du jour de repos flottant, du fait que je ne les ai pas le week-end, ça m’est égal de bosser le samedi, surtout en débauchant à 14 heures ; je préfère largement avoir le mercredi, même si ce n’est pas systématique, ça serait vraiment extra, nous pourrions profiter pleinement d’être ensemble, on pourrait aller à Beauval, au Family, à la bibliothèque, nous balader, pique-niquer…

Bon, les soucis de garde étant résolus, le reste n’était plus qu’une histoire à régler avec moi-même. Soit je fuyais le problème et visais le licenciement, soit je décidais d’affronter les choses, de m’affronter en fait, en acceptant leur proposition. J’ai beaucoup avancé ces dernières années sur un plan personnel, j’ai laissé déjà pas mal de choses derrière moi, j’ai envie de laisser ça aussi. D’ailleurs peut-être que cette peur n’existe plus, vu que je me suis débrouillée pour ne plus y être confrontée je n’en sais rien. Aujourd’hui je suis peut-être armée pour y faire face, alors que j’entretiens inconsciemment la peur de cette peur, vous savez, un peu comme un répertoire sur l’ordi qui est là depuis perpette et quand on l’ouvre il n’y a rien dedans, car on a oublié que ça fait longtemps qu’on a viré son contenu. Peut-être que mon répertoire « phobie du changement » est vide  et qu’il est temps que je le mette dans la corbeille. Pour continuer à avancer, je dois savoir. Donc jeudi soir j’ai décidé d’accepter.

Vendredi matin j’ai rappelé l’Aigle, nous avions convenu de laisser décanter un peu avant de faire le point, en tirer les leçons sur un plan aussi bien professionnel que personnel. Quand j’ai eu fini de lui exposer mes conclusions sur tout ça, il m’a dit « ok, tu as tout compris je n’ai rien à ajouter ». Il m’a fait part de certains conseils de management qu’il donnait quand des membres de ses équipes étaient en situation de mutation, afin que je voie ce que je pouvais appliquer au cas présent pour m’intégrer au mieux.

C’est heureux que tout ça se soit déroulé maintenant, car vendredi c’était notre dernière conversation avant un bon moment, il est parti samedi matin pour un long périple de 2000 km à pied. Il m’a soutenue, conseillée, écoutée durant tous ces mois, s’est rendu très disponible pour que je ne pète pas un câble en cours de route. Pour moi maintenant l’affaire est réglée dans la mesure où il ne s’agit désormais que d’une mise en application de ce qui a été prévu, je me sens prête pour la suite. Il y trois mois, je flippais à l’approche de son départ, aujourd’hui je me sens confiante; il m’a donnée toutes les clés pour m’en sortir, qu’il soit là ne changerait rien de plus, c’est à moi de jouer maintenant. De son côté il part serein quant à mon devenir dans cette histoire, il peut se consacrer pleinement à sa quête, ce qu’il va vivre durant les prochains mois va être très riche, son entreprise me fascine.

Le fait que j’écrive tout ce que j’ai vécu, nos différentes altercations, sur mon blog, a généré des tensions, des curiosités, mon lectorat s’est vu en peu de temps augmenté de plusieurs personnes en relation avec mon boulot, des collègues mais également à d’autres niveaux. Il m’a été reprochée de tenir des propos permettant facilement d’identifier le groupe qui m’emploie et de ternir son image. Je sais que je ne vais pas me faire des amis en écrivant ce qui va suivre, ce n’est pas le but, mais je pense que les ressentis doivent être exprimés dans les deux sens, j’ai su râler, je dois aussi exprimer ce que je trouve positif.

Si j’ai mis autant d’énergie à me défendre, c’est pour être respectée et entendue, pour moi-même, mais aussi au nom des valeurs que le groupe prônait. Par ce qui vient de se passer, j’estime l’avoir été, le groupe est donc bel et bien en accord avec ses principes. Je revois également mon jugement sur le fait d’avoir pensé être depuis le départ un pion, si ça avait été le cas, les choses auraient tourné autrement. Enfin, en faisant des recherches sur le net il y a quelques mois, je suis tombée sur le déballage d’un conflit, parti d’un problème avec un employé dans une des unités du territoire français ; un syndicat protestait violemment, appelant un maximum d’employés au soutien, tenant des propos insultants (et nominatifs, eux) à l’encontre de l’une des deux personnes que j’ai eu en face de moi mercredi dernier.

Alors j’ai envie d’apporter mon propre témoignage, parce que contrairement à ce que j’ai lu dans ces propos virulents, je n’ai pas eu à faire à une personne qui s’en fout, bien au contraire, l’un comme l’autre de mes interlocuteurs étaient vraiment désireux d’arranger les choses au mieux des intérêts de tout le monde, dans des propos honnêtes, parfois fermes mais toujours humains.

Voilà, vous savez tout, je me donne la semaine pour arriver à nous cadrer autour de mes futurs horaires, j’avoue que pour le moment on pédale tous dans la semoule, depuis vendredi matin je me dis chaque jour : « peut mieux faire ». J’ai la trouille de me louper, depuis 18 ans que je bosse je n’ai jamais eu à me lever à cette heure-là, pour livrer les journaux j’étais debout depuis 3 heures du mat, j’ai mis 5 ans à me défaire de cette habitude prise pendant 9 ans, les années suivantes à cette heure j’ai toujours dormi. C’est toute une programmation à refaire de mes rythmes de vie, j’ai eu du mal à m’adapter après le divorce, puis à la reprise du boulot il y a 2 ans, je commençais seulement à m’en tirer pas trop mal, j’arrivais même à cadrer mes heures de repas, là je dois tout recommencer. Alors je m’accroche à l’idée que c’est pour du mieux, il faut que ça le soit, absolument, sinon tout ceci serait un non sens ; je me dis qu’au bout du compte je grandirai… encore

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Commentaires

eh oui moi aussi je n'aime pas le changement ...dans le travail j'espere que tu vas trouver ton orga et que cette nouvelle etape dans ta vie pro va enfin t apporter un peu plus de calme bises

Écrit par : beedoo2003 | 06/05/2008

je suis un peu comme toi: les imprévus et les changement m'angoissent aussi. Mais, pense à la faculté exceptionnelle d'adaptation de l'être humain en toute circontance. Il me semble que la solution est équitable, sauf pour la personne de l'autre unité, qui est déplacée. Peut-être qu'elle ausssi rencontre des difficultés dans son milieu professionnel; je ne pense pas qu'elle ait été choisie au hasard. Peut-être, qu'elle même a souhaité ce déplacement. ne t'inqiète pas, tout se passera bien et c'est une nouvelle expérience de vie pour toi. Il y a toujours un côté posisitf, fans les évènements.
Bonne fin de soirée.

Écrit par : chutney1 | 07/05/2008

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