29/08/2008

Des rouquins qui comptent pour moi

Je suis très peu présente sur le blog en ce moment, je cherche une réorganisation de ma vie qui ne vient pas, et dont l’attente complique chaque jour davantage les choses. Je ne serai pas longue ce soir mais je voulais quand même vous faire part de ce que j’ai vécu dimanche dernier. Il y a 10 jours j’ai repris nos pass pour l’année à Beauval, ça faisait un moi que je n’y étais pas allée, ça me manquait. Nous y sommes allés que dans l’après-midi, alors on a fait un tour limité du parc, mais nous avons eu le plaisir de voir une lionne blanche bébé, qui est née dans la deuxième quinzaine de juin, et qui est nourrie à la main. Il y a eu par ailleurs plusieurs naissances qui promettent une année passionnante à les regarder grandir.

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Manis

Mais pour l’heure je vais surtout vous parler des orang-outans. Bien sûr j’y suis allée lors de ma première visite, mais pas longtemps, avec les enfants c’est pas évident de rester à les observer comme je voudrais. Dimanche dernier, j’ai pu leur consacrer beaucoup de temps, les trois jeunes, Bayu Mandy et Suly se chahutaient dans des roulé-boulé où on finissait par ne plus savoir à qui appartenait ce pied ou cette main.

 Muda étant parti se reposer, j’ai eu la surprise de voir Mandy s’approcher de moi. Elle a mis longtemps à me tolérer, auparavant elle me montrait les dents quand j’étais près de la vitre puis s’éloignait. Là elle m’a quand même gratifiée d’une grimace découvrant toute ses dents, mais est restée assise. Elle machouillait un bout d’écorce souple, qui avait l’apparence d’une épluchure, pour vous donner une idée.

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Chahutage entre Suly et sa soeur Mandy

Quand je suis aux jonctions des vitres, je souffle entre les structures métalliques, ça fait du bruit qu’ils entendent de l’autre côté, et à certains endroits ils ont gratté les joints ce qui fait que l’air passe. J’ai soufflé, Mandy a pris l’écorce dans sa main et l'a descendue à côté d’elle. Je suivais son geste, et d’un coup j’ai vu le morceau d’écorce dépasser de mon côté, par un petit trou que je n’avais jamais remarqué jusqu’ici. Mais elle, manifestement elle en connaissait très bien l’existence.

 J’ai pris le morceau doucement, j’ai senti qu’elle le tirait de l’autre côté, j’ai tiré un peu, j’ai lâché, j’ai repris en lui disant « tu donnes ? », elle l’a lâché. Je lui ai redonnée, elle l’a repris, me l’a rendue sans le retenir cette fois, ça a duré comme ça pendant 5 bonnes minutes. Je l’ai vécu comme un privilège qu’elle m’accordait, elle m’a laissée échanger avec elle, mieux, elle m’a fait confiance en lâchant son bout d’écorce une première fois, puis en me le redonnant. Je ne croyais pas pouvoir vivre ça là-bas, je sens parfois tellement de frustration à être de l’autre côté de la vitre et ne pas pouvoir échanger davantage avec eux que par le regard, là ça parait peu, mais pour moi c’est déjà énorme.

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La main qui tire Suly, c'est Bayu, Mandy faisait résistance de l'autre côté

Cet hiver, à la période calme côté visiteurs, je les observais dans la serre, Muda près de la vitre, les autres se promenant dans leur espace.  Je me suis assise sur le banc, j’ai fouillé dans mon sac, j’en ai vu se rapprocher, alors j’ai accentué mes fouilles et tardé avant de sortir le thermos de café. Quand j’ai relevé la tête, ils étaient tous collés à la vitre en train de me regarder, je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire. J’ai sorti une clémentine de mon sac et j’ai commencé à la manger, l’une des femelles, je ne sais plus laquelle, m’a adressée un signe de tête en regardant ma clémentine, qui l’intéressait beaucoup.

 En faisant des recherches sur les orans, j’ai appris qu’ils voyaient en couleur, ce qui leur permet dans la nature de reconnaître les fruits mûrs. Ayant déjà vu du orange dans leur alimentation, des patates douces, je me disais qu’ils réagiraient à la clémentine. Mais je n’ai pas renouvelé l’expérience, parce que je ne voulais pas non plus les frustrer en mangeant devant eux quelque chose dont ils avaient envie mais auquel ils ne pouvaient accéder. En tout cas c’est ce jour-là que j’ai découvert le « jeu de la soufflette » entre les structures, c’est Manis qui me l’a montrée.

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Bayu

J’avance dans ma documentation à leur sujet, via Daily motion j’ai découvert l’existence d’une femme, Biruté Galdikas, qui leur consacre sa vie depuis plus de 30 ans. Mais avant d’entrer en contact avec elle, je pense qu’il va vraiment falloir que je me remette au top en anglais.

 J’aimerais pouvoir me couper en deux, continuer de vivre ici et être là-bas auprès d’eux. Malheureusement ce n’est pas possible, mes priorités sont auprès de mes enfants pour le moment, alors en attendant j’ai décidé d’agir pour eux ici, il y a pas mal à faire. Bien sûr, on peut dire qu’il y a plus urgent que de s’occuper des orang-outans, je me suis entendue dire récemment « avant de s’occuper de protéger des animaux, y à des gosses qui sont maltraités un peu partout, ça c’est plus important ». Je ne suis pas d’accord. Par exemple concernant les orans, j’ai appris que dans les sanctuaires qui leur sont réservés on accueille parfois des bébés orans qui ont été brûlés, ou qui ont subi des actes sexuels de la part d’humains. Fermer les yeux sur ce genre de brutalité c’est la cautionner, et un être qui est capable de tels actes sur un animal peut l’être un jour sur un enfant, il assouvira de la même manière son envie de possession et de domination.

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Mandy (tête en bas) et Suly

On est suffisamment dans le monde pour s’occuper de plusieurs causes en même temps, car tout est lié. Certains se consacrent aux enfants, d’autres aux droits de l’humanité, d’autres à l’environnement, d’autres aux animaux, en général ou bien en faveur d’une espèce en particulier. Lors d’un spectacle dont Mme Delord assurait ce jour-là l’animation, une de ses phrases m’a marquée. Elle a dit « en préservant l’environnement d’une espèce, c’est au final plusieurs espèces que l’on sauve ». Et je pense sincèrement que l’on doit s’inclure dans le lot des espèces en danger, et donc des espèces à préserver, bien que certains s’en foutent royalement.

 Et nous autres, de ce côté-ci de la planète, on peut faire quelque chose, en changeant notre mode de consommation. Jusqu’ici l’Europe pouvait baisser le nez devant la consommation massive de bois exotique pour le mobilier de jardin. Dans mon village, il y a une société spécialisée dans le décapage du bois, j’ai eu l’occasion de discuter avec une personne en relation avec eux qui m’a dit que ce bois était une calamité en terme d’entretien, il souffre mal les intempéries, est indécapable et tient très mal dans le temps. Mais ce n’est pas tout. L’Indonésie a mis en place un large plan de déforestation, non plus cette fois en vue d’exploitation du bois exotique mais pour planter à la place des palmiers à huile dont nous faisons tous à notre insu une grande consommation ; cosmétique, huile de friture, fabrication de gâteaux apéritifs, développement des bio-carburants...

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Janah

Ce projet à grande échelle qui vient d’être enclenché condamne directement l’environnement des orans, dont la population est estimée actuellement entre 45 et 50 000 individus. Compte-tenu de la surface de forêt qui va être convertie en palmeraie, c’est 10 000 individus qui vont sauter. A ce rythme-là, l’espèce va s’éteindre bien avant 15 ans. Donc voilà, on peut faire quelque chose de ce côté-ci de la planète, en boycottant un maximum de produits incluant dans leur composition de l’huile de palme. Mais il y a aussi un autre domaine dans lequel nous pouvons agir. L’Indonésie est également le siège d’exploitations minières, notamment pour extraire du silicium. Qu’est-ce que c’est ? Un élément qui entre dans l’élaboration de composants électroniques présents dans les téléphones portables, les appareils photos, les cartouches d’encres munies d’une puce, etc. On peut tous faire au moins un effort de recyclage en sortant les vieux portables des tiroirs et en les rapportant, ainsi que les cartouches d’encre, dans des containers. Ces deux éléments, l’école maternelle de ma commune les collectes, les fonds récoltés financent des projets éducatifs, des voyages pour les enfants. Les cartouches sont collectés par certains magasins, enfin bref si on veut on peut trouver à recycler. Ce sont des gouttes d’eaux de la part de chacun, mais l’ensemble donnera un résultat significatif.

 Bien sûr ça parait utopique, mais je n’ai pas envie de ne rien faire. Et si je dois dépenser de l’énergie ici pour convaincre un maximum de gens qu’on peut changer les choses, et bien c’est mieux que rien. Pour finir sur une note d’espoir, je veux vous parler de la conversation que j’ai eue ce soir avec mes enfants à ce sujet. J’ai dit à Loulou premier « quand j’avais ton age, j’entendais déjà parler qu’il fallait faire quelque chose pour l’environnement, mais rien n’a bougé.  Aujourd’hui, j’ai 30 ans de plus, et on s’affole parce qu’il est déjà trop tard pour beaucoup de choses, et ça me mets en colère de savoir que quand je mourrai il restera encore beaucoup de choses à faire ». Et Loulou deux m’a dit « t’en fais pas Maman, quand tu seras morte, nous on continuera. »

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Manis

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