31/03/2009

de retour

Voilà je commence à refaire surface, j'ai mis longtemps à vraiment accepter le traitement qui m'était proposée, j'ai d'abord refusé tout net qu'il me soit prescrit, puis j'ai accepté la prescription mais je ne le prenais que quand je me sentais vraiment mal, ce qui pour ce type de médicament revenait à donner des coups d'épée dans l'eau. Il m'aura fallu longtemps pour cheminer jusqu'à l'acceptation d'une prise régulière et quotidienne, mais je ne regrette pas, parce qu'aujourd'hui je suis sûre de ce que je fais, et je n'ai plus aucune réticence à me laisser soigner, mes peurs se sont envolées. 

Depuis que je suis en arrêt, même si je suis venue très très peu sur le blog, j'ai voulu rester dans la communication avec un maximum de gens, qui m'étaient familiers mais aussi des nouvelles connaissances. Je savais que cela m'était vital pour ne pas sombrer dans une réclusion dont j'aurais eu du mal à sortir, et je ne voulais surtout plus vivre ce que j'ai connu il y a des années, c'est derrière moi et je veux que ça y reste, sans même en redouter ne serait-ce que l'ombre.


En regardant autour de moi, j'ai réalisé vraiment où j'en étais, en mauvais, mais surtout en bon. Et j'ai pris conscience de tout ce qui était positif dans ma vie, de ce que j'avais tendance à occulter ces temps-ci. Je retrouve une certaine sérénité par rapport à mes conditions de vie, qui pourtant ne bougent pas trop tant que le toit n'avancera pas. 

Il y a près de deux ans, un accrochage avec une relation que je croyais proche m'avais déstabilisée: alors que je commençais à trouver une certaine quiétude malgré la précarité matérielle de la situation, cette personne avait fini par me faire douter du chemin que je prenais en me disant "je ne comprends pas comment ça peut te suffir, tu ne penses pas à tes enfants". Même des personnes qui semblaient comprendre émettaient des remarques sur quelque chose qui leur apparaissait basique, primordial "tes enfants n'ont même pas accès à une table".

Vrai, nous n'avons pas de table, avec des pieds, des chaises autour, parce que nous n'avons pas la place dans la pièce, mais ce n'est pas un problème, car les lits superposés sont encadrés de montants sur lesquels nous mettons des planches, qui restent dans la pièce à disposition pour ça; selon les besoins nous en mettons conjointement une, deux ou trois. Les enfants savent très bien s'en arranger et associent les planches selon leurs envies. Ils les répartissent dans les deux lits, il n'est pas rare de voir par exemple les garçons se constituer une table avec deux planches pour jouer aux Pokemon, et de voir Miss Malice dans l'autre lit installée à dessiner sur l'autre planche.

Le "confort minimum" est truffé de notions très relatives, de l'extérieur ce mode "camping" est perçu négativement, mais nous on le voit et on le vit comme une possibilité de s'adapter et de s'installer n'importe où. C'est en discutant avec une personne qui me parlait d'un endroit où les conditions de vie sont déplorables, où certaines maisons sont en fait des espaces de cartons, que j'ai repris la force d'assumer ce que nous vivons et de re-légitimiser ce passage obligé. 

Le décès accidentel d'un enfant de 4 ans dans mon village nous à aussi beaucoup perturbés, Miss Malice a éprouvé dans les jours suivants le besoin de se coller à moi, elle disait qu'elle voulait redevenir bébé et retourner dans mon ventre. Je ne pouvais m'empêcher de penser à la douleur des parents, je me disais "qu'est-ce qu'ils s'en foutraient de vivre dans telles ou telles conditions, s'ils pouvaient encore avoir leur fils unique près d'eux". Quand j'ai appris le nom du petit garçon, que j'ai pu mettre un visage dessus, que j'ai vu que j'avais une photo de lui dans mon ordi parce que j'ai accompagné les maternelles lors d'une sortie l'an passé, ça m'a marquée encore plus, j'ai pris encore plus conscience de la situation.

Des "faits-divers" (quelle horreur ce nom tant il banalise les évènements), on en entend tout le temps, et même si on est affecté, on passe vite dessus, parce que "ça s'est passé là-bas, très loin, les pauvres ça leur est arrivé, mais ouf, pas à nous". Mais là ça s'est passé tout près, c'est quelqu'un que nous connaissions qui est parti trop tôt. L'impermanence des choses est revenue tourner dans ma tête, la réalité que ce qui est aujourd'hui peut ne plus être demain. Je me suis beaucoup rapprochée de mes enfants depuis, même s'ils ont toujours été les raisons de mes combats j'ai envie d'être encore plus avec eux, de partager encore plus de moments, d'^tre dans l'instant présent.

Le reste prendra le temps qu'il faudra, ça m'est bien égal. Et à eux aussi, la semaine dernière mon grand est venu me voir dans la cuisine, il m'a dit "tu sais maman c'est pas grave si on reste comme ça dans la maison, nous on s'en fout, on est heureux comme ça". En ce moment nous n'avons plus que deux lits disponibles, les garçons dorment ensemble, la miss avec moi. Et quand ils vont chez leur père, les gars voudraient dormir ensemble malgré le fait qu'ils ont là-bas chacun leur lit.

La pression retombe, ma culpabilité à leur égard aussi. Non, malgré ce que peuvent en penser certains, mes enfants ne sont pas malheureux, ils savent très bien tirer partie de ce qu'ils vivent et s'adaptent très bien en fonction de s'ils sont ici, chez leur père et grands-parents, ou chez mes parents. Au contraire, j'estime qu'ils ont une vie très riche en ayant la possibilité de connaître trois modes de vie différents.

Mes réflexes d'enfouissement, de "nidification", s'estompent, je commence à pouvoir éliminer ce qui n'a plus lieu d'être chez moi, ça me servait en fait à combler mes espaces qui étaient une grande source d'angoisse pour moi. A mesure que j'avance ici, je réapprends l'espace, le vide, sans en avoir peur.

Je suis entourée pour cette étape, des amis m'ont pretée leur carte de déchetterie jusqu'à ce que je retrouve la mienne, un autre m'a pretée son camion afin que j'évacue au fur et à mesure ce que je décide de jeter. Ma progression est ainsi très concrête. Par contre je n'ai toujours pas tous les éléments pour relancer mon dossier pour le toit, ça va devenir urgent.

L'autre urgence c'est de trouver une solution pour en finir avec les surmulots qui ont élus domicile à l'étage, les tapettes n'ont rien donné car ils logent dans les inter-poutres, dans les espaces existants entre le torchis et le faux-plafond de la pièce dans laquelle nous vivons. Il m'a fallu trouver une solution pour ranger toutes mes denrées à l'abri, avant que je n'y parvienne ils ont fait quelques ravages dans les paquets de pates et les pommes de terre.

J'ai enfin trouvé par où ils descendent pour aller dans la cuisine la nuit, un soir je me suis trouvée nez-à-nez avec l'un d'eux, franchement ça ne me l'a pas.fait. Ce n'est pas la peur qui m'a animée, mais plutôt une sorte de dégoût, j'adore les bêtes mais quand même... J'ai appris que la mairie donnait du blé empoisonné, j'y suis allée, mais pour le moment ça ne donne pas de résultats vraiment concluants. Jusqu'ici je n'entendais les rampants que le soir, je les entends désormais courir toute la journée, je redoute que la famille ne se soit agrandie.

J'ai commandé des appareils qui émettent une fréquence sensée les faire fuir, mais ça ne résoudra qu'une partie du problème, ça va les déloger du grenier, ils iront ailleurs. J'ai trouvé plusieurs endroits dans le garage et dans la cour où ils ont séjournés, je compte sur mon rangement et mes fouilles quotidiennes pour les déranger régulièrement jusqu'à ce qu'ils décident carrément de trouver un "quartier" plus calme, si possible ailleurs que chez moi.

La veille du jour où je me suis mise en arrêt, nous avions essuyé dans la région une violente tempête, j'avais passé la nuit a écouter le vent se prendre dans mon toit, en redoutant la bourrasque de trop. C'est rare que je prie avec autant de force et de crainte que je ne l'ai fait cette nuit-là, je me sentais impuissante., c'était très dur à gérer car je ne devais pas montrer  mes craintes aux enfants. Ils se sont endormis sans problème. Le lendemain j'ai appris qu'une dame habitant en face de chez moi avait elle aussi redouté le pire pour nous, ainsi que sa mère, elles n'ont pas fermé l'oeil de la nuit.

Ce que j'ai appris les jours suivants m'a perturbée. Le long des routes certains poteaux électriques sont tombés, chez mes parents un arbre a été arraché, près de chez mon ex-mari un autre est tombé sur une voiture, le toit de la piscine communautaire a été partiellement emporté. Je me dis que nous sommes des miraculés.

Par chance pour le moment le temps est redevenu clément, quelques pluies, un vent frais parfois, mais plus de tempêtes, alors que je redoutais mars à cause de ses giboulées. Même si je pense de plus en plus improbable que je puisse faire mes travaux cet été, je pense qu'il me faut absolument les faire avant le prochain hiver, je ne me sens pas la force nerveusement de supporter un hiver de plus comme ça, même si on ne doit faire que le toit et différer le reste des travaux, mais qu'au moins je ne craigne plus le vent à ce point, parce que ça me rend à fleur de peau pour tout le reste.

Quand je suis allée voir mon médecin, on a fait le point sur mon état d'usure nerveuse compte-tenu de tous mes combats depuis 6 ans, l'expression concernant le vase qui déborde est arrivé dans la conversation, et je pense que mon doc a très bien résumé mon état d'alors en disant "là vous êtes à la goutte d'eau près". Ce n'est même plus l'importance des évènements qui m'arrivent qui sont en cause, juste leur accumulation. On a décidé communément cette mise en sécurité, sachant que jétais vraiment rendue à mes limites et qu'un drame ou une broutille me ferait craquer de la même façon.

Je ne me sens toujours pas capable de reprendre le travail pour le moment, ça va faire deux mois que je suis arrêtée, je viens seulement de pouvoir repasser mes tenues pour les ranger. Je crois que cette-fois il me faudra du temps.

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