18/07/2009

Partie I : Souvenir d'école

Avant tout merci pour vos messages, ici ou ailleurs. J'essaye (enfin, j'essayais) de profiter des vacances scolaires pour prendre du recul par rapport à tout ça, peser le pour et le contre d'un maintien à l'école ou au contraire d'une déscolarisation.

Certes un retrait de l'école n'est pas sans conséquence au niveau socialisation, et j'envisage le cas échéant de les mettre au centre de loisirs les mercredis pour maintenir un contact avec les autres enfants de leur age.

Je ne peux m'empêcher de m'appuyer sur mon propre vécu scolaire, en redoutant que la même chose n'arrive à mes enfants, ou ne serait-ce qu'à l'un d'eux, et en étant prête à tout pour que cela ne soit jamais le cas.

On s'est toujours moqué de moi à l'école pour ma corpulence, quand je n'ai plus pu me battre pour faire cesser les insultes j'ai cherché la déconnection des relations humaines, en me réfugiant dans l'imaginaire. Même si ces verdicts m'ont fait beaucoup de mal quand ils sont tombés suite à ma tentative de suicide en 2002, il faut quand même reconnaître que toutes ces années de moqueries ont déclenché chez moi une phobie sociale, la confrontation avec d'autres personnes me faisait redouter à chaque fois qu'elles aussi se moquent de moi.

Si vous connaissez le film "Eléphant Man", vous comprendrez comment j'ai grandi, comment j'ai fini par me percevoir au travers du regard des autres: une personne difforme qui était la risée, la récréation des autres, qui n'étaient pas foutus de voir qui j'étais au fond de moi, ne se donnant pas la peine de m'accorder la possibilité d'avoir la moindre qualité, trop occupés à s'amuser de mon embompoint ("mais si je mettais mon coeur, là, au milieu de la piste, ils verraient des couleurs, ils savent même pas qu'elles existent").

Je suis entrée dans la spirale infernale de la boulimie, l'enfouissement de toutes ces souffrances, le camouflage de ma personnalité réelle derrière des kilos, une difformité accrue, l'ingestion déraisonnée de nourriture jusqu'à souhaiter inconsciemment imploser pour que tout s'arrête. Et le lendemain qui déchante, l'image sans ménagement que renvoie la glace, qui finit par emmener à cette conclusion : "ils ont raison, je suis une grosse vache", et la colère qui reprend, contre eux, contre soi, et une seule réponse pour faire taire tous ces mots et ces maux: manger... et basculer dans la dérive alimentaire, l'addiction au gras ou au sucré, manger pour n'importe quelle raison, quand on angoisse, quand on est triste, quand on est gai, manger pour se remplir, pour oublier tout, et même oublier l'essentiel, le basique, que normalement on mange pour se nourrir.

Voilà cette barricade que j'ai dressée entre les autres et moi, voilà ce que je travaille à désamorcer depuis des années, voilà ce que je laisse peu à peu derrière moi. Comment j'y parviens? En parlant, ici comme en cet instant où la colère gronde encore dans mes veines et que je refuse de la faire taire par de la nourriture. En parlant à certains d'entre vous en dehors d'ici. En décortiquant ce que je ressens, jusqu'à en faire quelque chose d'asssimilable par mon esprit, en faisant de mes gros problèmes de prime abord insolubles plusieurs petits dont je viendrai à bout les uns après les autres.

Mais j'y parviens aussi en ne m'imposant pas un relatinonnel excessif au-delà de ce que je peux supporter. Je n'ai pas envie de faire semblant d'apprécier quelqu'un par crainte d'être seule. Quelqu'un que je n'aime pas ne fait pas partie de mon univers tant que c'est possible, quand je n'ai pas le choix, dans le cadre professionnel par exemple, et bien c'est le "service minimum" en matière de communication.

Un de mes supérieurs m'a déclarée en début d'année "vous avez un problème avec la hiérarchie", non, quand elle est juste ça ne me pose aucun problème d'obéir à l'ordre établi, je sais être protocolaire dans mon fonctionnement, seulement j'ai du mal à obéir à quelqu'un qui selon son humeur du jour est carré ou alors fait tout par dessus la jambe.

Qu'ai-je retenu de l'école? Sur le plan social une grande souffrance de me trouver en groupe jusqu'à ces dernières années, la rencontre de personnes extraordinaires ont changé la donne, ainsi qu'un an de théatre, qui m'a permis d'apprendre à sortir de moi des choses, à endosser des rôles, à partitionner ma vie en fonction des lieux et des situations.

Sur le plan de l'enseignement à proprement parler, au départ une compétition sous forme de notation et de classement, et j'ai mordu au truc, ma plus "mauvaise place" en primaire était 4 ème de la classe, mais j'ai souvent été première. Et mes parents m'ont inculquée ce fonctionnement, satisfaits de moi quand j'avais des bonnes notes.

Mais il y a toujours tôt ou tard un revers, mes aptitudes intellectuelles ont faussé leur vision des choses, il me suffisait de survoler mes leçons pour les connaître, ainsi suis-je arrivée en cursus secondaire avec un handicap qui allait rapidement m'exploser au visage: pour les sujets qui demandaient de la réflexion et de la concentration, j'étais lente, je fait partie des gens à qui il faut expliquer plusieurs fois les choses avant que le déclic ne se fasse dans mon esprit, une fois que c'est assimilé ça l'est pour de bon, mais il faut du temps. Et puis je n'avais aucune méthode de travail, vu que jusque-là je n'avais jamais vraiment travaillé.

Alors les notes ont chuté, déclenchant le courroux de mes parents, remettant une couche à mon dégoût de l'école pour les moqueries quotidiennes. Mes années collège sont de loin celles que j'ai le plus vécu comme un enfer, subissant une confrontation permanente à un fonctionnement qui ne me convenait pas, un matracage de connaissances dont l'intérêt me semblait alors très relatif (même si je suis consciente aujourd'hui que j'ai quand même appris des choses valables), une exigence de résultats de la part de mes parents, l'impossibilité de décrocher puisque "l'école est (soit-disant) obligatoire jusqu'à 16 ans".

Une crise d'adolescence qui montait en puissance, ma féminité que je ne pouvais plus renier à l'apparition de mes règles, un conflit de plus en plus fréquent et violent avec ma mère, une fugue en 4 ème pour crier "au secours" à qui voudrait bien m'entendre.

J'ai redoublé ma 3ème, et j'en ai été heureuse, parce qu'un groupe dont les blagues me faisaient particulièrement souffrir dégageait au lycée, donc dans un autre établissement. Soulagée de ne plus subir cette pression, j'ai repris confiance en moi. Sur le plan scolaire, ce redoublement a été salutaire, bénéfique sur toute la ligne pour me remettre un peu à flot afin de mieux aborder la seconde.

Trois évenements ont marqué cette année-là: je me suis présentée comme déléguée de classe, un feed-back réalisé durant un cours d'EPS a révélé que beaucoup d'élèves avaient confiance en moi (ce qui m'a fait revoir mon ressenti au sein d'un groupe, finalement je n'étais pas qu'un vilain petit canard alors...). La troisième chose est de loin la plus importante, la rencontre avec un prof de physique qui allait m'ouvrir les yeux sur le réel but de l'enseignement.

En début d'année, il nous a fait remplir la rituelle petite fiche avec nos noms, prénom, nos loisirs, nos projets etc, et à la fin, nous devions répondre à ceci "à votre avis à quoi sert le cours de sciences physiques?" (aïe, la question qui tue... on n'a pas le droit au joker? bon ok, tant pis pour vous). Il a ramassé les fiches et a lu à voix haute les réponses: "ça ne sert à rien" revenait souvent, ainsi que "c'est une matière obligatoire qui fait partie du programme", et "à avoir des notes". 

Après avoir lu la dernière, il nous a dit "eh bien vous n'avez rien compris. La science physique est là pour éveiller votre curiosité, pour vous inciter à observer, à étudier des phénomènes afin de vous donner envie de chercher, d'en comprendre le fonctionnement". Et là, ça a fait tilt dans mon esprit, en fait les notes allaient devenir secondaires pour moi à partir de là, même si mes parents avaient toujours des exigences de résultats. Une étude, un éveil, oui, j'adhérais à ce genre d'enseignement.

J'ai fini mon cursus scolaire péniblement jusqu'au bac, n'étant pas assez forte en maths pour rester dans une filière générale et viser le bac dit "C" à l'époque. Adieu mes rêves d'être véto, et du coup, rien ne me branchait, je n'étais pas littéraire du tout. Quelques flottements, des interrogations sur la suite de mon parcours, une pression quant à mon avenir "maintenant tu dois choisir ce que tu veux faire comme métier". Sauf que je n'avais plus envie de rien.

J'ai fait une transition vers une filière techononologique pour atterrir en section "F7", dont les matières principales étaient la microbiologie, la physiologie, la biochimie, la chimie organique et générale. J'ai redoublé ma 1ère, mes notes étaient catastrophiques, je ne pouvais toujours pas décrocher, les "peut mieux faire" notés régulièrement sur mon bulletin confortaient mes parents dans l'idée que je devais passer mon bac, je séchais sur pied et ils ne le voyaient pas. En maths, j'avais rarement plus de 4, au programme on étudiait les fonctions j'avais horreur de ça. Et puis on a fait les suites numériques, j'ai super bien compris le fonctionnement, j'ai eu 18 / 20. Le système de notation m'exaspère, la prof s'en est donné à coeur-joie sur mon bulletin suivant, en notant "capable du meilleur et du pire", je vous laisse imaginer comment je me suis faite allumer par mon père.

Arrivée au bac, devant le désastre de mes notes, mes profs étaient tous sûrs que je me ramasserais, mais moi je voulais en finir avec l'école, je ne voulais plus les voir, je voulais tourner la page. J'ai ingéré en 4 mois deux ans de programme, et j'ai décroché mon bac au premier tour avec mention assez-bien. Mon père ne m'a crue que quand il a vu mon nom dans le journal. J'allais sur mes 20 ans, j'étais dégouttée par l'école, déçue d'arriver à la conclusion que jusque-là je n'avais rien connue d'autre qu'un enseignement imposé, qui ne me donnait même pas accès à la vie active à moins de continuer encore des études. (Je suis à 100 % pour l'apprentissage, qu'à mon époque on dénigrait, car il a le mérite de faire connaitre la vie active de bonne heure et d'éviter cette lassitude liée aux longues études, même si je suis bien consciente que cette formule n'est pas possible pour toutes les professions).

Mes parents ont refusé que j'arrête l'école "puisque j'avais des compétences". J'avais visé le bac pour entrer dans l'armée de terre en tant que cavalier de manège, des problèmes chroniques de dos allaient me contraindre une fois de plus à revoir mes objectifs professionnels. Pour rassurer mes parents, je suis allée en fac, j'ai choisis l'anglais, en vue de me dirger vers l'enseignement.  Etant donné mon excellent niveau d'alors je me croyais de taille, sauf qu'en immersion totale avec des littéraires, j'ai réalisé que j'avais un niveau plus que limite pour aller au plus profond de cet apprentissage.Je ne me suis pas présentée aux partielles de février, j'ai bossé pour la mairie de Tours lors du grand recensement en 1990. L'été j'ai fait un mois mon stage pratique de BAFA, et un mois dans l'entreprise où était mon père, en imprimerie, j'étais à l'archivage des films en section photo-composition.

Mes parents ne voulant toujours pas que j'arrête mes études, l'année suivante j'ai essayé un BTS Force de Vente, mais la politique commerciale agressive qu'on tentait de nous inculquer me rebutait, j'ai bifurqué en cours d'année sur la section "Action commerciale". L'approche me paraissait plus intéressante, plus en adéquation avec moi, dans la création d'un projet, son développement et sa mise en oeuvre. Mais je me suis prise la tête avec le prof de la matière principale, qui pour moi était un clown: contrairement à la plupart des élèves qui étaient avec moi dans cette école privée, je payais mes études. Mes parents m'avaient avancée les fonds, mais j'avais insisté pour leur rembourser par la suite, condition sine qua non pour que je continue. Alors payer une fortune pour qu'un prof nous fasse la lecture du manuel en cours (car il ne faisait que ça), je n'étais pas d'accord et j'ai osé le lui faire savoir.

Le climat était insupportable chez mes parents, je souffrais de ne pas avoir une réelle autonomie financière, j'étais chanteuse dans deux orchestres, un de variété et un de musique créole, j'ai mis mes quelques cachets de côté, et dès que j'ai pu j'ai pris un appartement. Dès lors j'ai enchainé les boulots, je n'ai pas de réel métier en main mais je l'ai compensé par des expériences dans plein de domaines différents. Depuis mon premier  "long" contrat de travail en janvier 1991, je n'ai jamais connu le chômage, j'ai pris tous les jobs qui se présentaient, je ne me suis arrêtée de travailler que pour avoir mes enfants.

23:52 Écrit par Dream' dans Au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.