18/07/2009

Partie II : formatage, le retour

Je me suis découverte une passion pour la comptabilité, et j'ai tenté de reprendre mes études pour passer un BTS dans le domaine, mais je n'ai pas tenu la distance entre le boulot et les cours du soir, il m'est arrivée de m'endormir en cours d'économie par exemple. En tout cas, j'ai pu constater la différence que peut faire la motivation dans l'apprentissage, les fonctions et dérivées qui autrefois étaient mon enfer m'apparaissaient d'une facilité déconcertante, je découvrais la jubilation intellectuelle en résolvant des calculs matriciels. Je n'étais pas contrainte d'apprendre, c'était une volonté de ma part, du coup j'étais totalement perméable à l'enseignement. J'en ai déduit qu'il y avait un temps pour chaque chose, et qu'il est inutile de mattraquer de connaissances un esprit dont la porte n'est pas prête à s'ouvrir.

Et c'est ce que je reproche au système actuel, de décider qu'un enfant de tel age doit avoir tel niveau de connaissance, et qu'on doit lui inculquer de telle manière, dans telle structure, qu'il n'est pas possible de lui accorder une attention particulière en s'adaptant à son fonctionnement propre. On n'a pas le temps de s'attarder aux cas particuliers, la modélisation de l'enseignement s'accompagne de la modélisation des têtes à remplir.

J'ai fait la connaissance il y a quelques années d'un ancien prof de science  (eh oui, encore un) qui tentait de faire connaitre à un maximum de monde la notion de gestion mentale. L'enseignement actuel n'est malheureusement pas prêt à intégrer cette approche dans la transmission des connaissances, et pourtant connaître la façon dont une personne intègre une information est capital pour la lui transmettre, cela revient en quelque sorte à trouver le bon canal, la bonne fréquence radio, il faut "parler sa langue" .

Très vite quand on se penche sur cette approche on comprend que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne en matière d'assimilation, et que cela n'a absolument rien à voir avec le niveau d'intelligence. On distingue deux types d'assimilation, visuelle et auditive. Pour les personnes fonctionnant essentiellement selon le premier mode, il faudra imager l'explication pour leur faire comprendre, en gros "leur faire un dessin". Les seconds auront besoin au contraire d'une verbalisation, d'un discours, d'une reformulation de l'information pour l'intégrer.

Ainsi, il est primordial d'adapter l'enseignement à la façon dont la personne à qui il est dispensé est capable de le recevoir. Or aujourd'hui on prend le problème à l'envers, en imposant une méthode d'enseignement à tous, dans une structure, selon des règles qui sont sencées convenir au plus grand nombre. La majorité fait loi, tant pis pour les exceptions, même l'enseignement impose un certain darwinisme, c'est "marche ou crève".

Dans "Le Petit Prince", Saint Exupéry écrit "il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner". Comme l'a dit récemment un ami de Tite Elo, il est temps de se recentrer sur l'humain. J'y ajoute "sur l'individu", sur le cas par cas. Qu'avons-nous de si pressé à faire pour ne pas être capable d'accorder à chacun ce dont il a besoin? Nous avons une espérance de vie en moyenne de 80 ans, voir 90, allez pour les plus optimistes on va chatouiller la centaine, pour faire quoi de nos vies? Exercer un métier, si possible qui rapporte, se marier, faire des enfants, leur enseigner comment prendre leur place dans ce trafic (salut Francis), etc... Dans cette description de vie, j'ai l'impression d'être une mouche sous un microscope, naissance, reproduction, ponte, mort, passe à ton voisin.

Je veux vivre autre chose, je veux travailler pour vivre et non le contraire, je ne veux pas vivre pour imposer à mes gosses un système qui de toute évidence ne marche pas et met de plus en plus de monde sur la touche. Je ne veux pas qu'on leur apprenne le bonheur-possession, "si tu travailles bien à l'école tu pourras avoir une bonne situation plus tard". C'est quoi une bonne situation, un gros salaire, une grosse voiture, une course folle après le temps, du stress, un mariage, des gosses, l'envie d'en avoir toujours plus, et tout perdre à force de courir après on ne sait plus quoi, parce que "trop c'est jamais assez"?

La semaine dernière j'ai revu avec plaisir le film "le cercle des poètes disparus", une phrase dont j'ai oublié les termes exacts véhiculait cette idée qui m'a marquée "je ne veux pas à l'heure de ma mort m'apercevoir que je n'ai pas vécu". Les gens balancent des carpe diem à tour de bras aujourd'hui, s'autorisant à faire n'importe quoi en son nom, mais qui aujourd'hui prend le temps de savourer l'instant présent, dans un bruit ou un silence, une odeur, un sentiment, un regard, un sourire, qui prend le temps de vraiment vivre?

Pas le temps, il faut bosser, puis élever les gosses, pour qu'ils bossent, puis fassent des gosses. La vie c'est pas ça, ok je bosse, mais je ne fais pas que ça, c'est juste un moyen de m'assurer un peu plus qu'un minimum vital, rien n'achète ce que je vis en dehors, ce que je ressens devant un coucher de soleil, ce qui se passe au plus profond de moi quand mes enfants me disent qu'ils m'aiment. Est-ce que ce formatage a vraiment un sens?

A l'école j'ai appris les Romains, les Grecs, les Perses, et tous les cours s'articulaient de la même façon, tant l'humain est au bout du compte prévisible dans sa façon d'agir. Tous ces peuples ont grandi, sont devenus puissants, et tous ont ensuite décliné, chapitrés dans nos cahiers "grandeur et décadence".

Aujourd'hui, on pourrait écrire "grandeur et décadence de l'Humanité", il faut enseigner à des enfants pour qu'ils puissent bosser plus tard, on va leur apprendre qu'il faut produire, être dans une dynamique constante de croissance, produire plus pour subvenir aux besoins de cette population en constant développement. Mais moi je veux qu'on m'explique pourquoi rien qu'en Europe un tiers de ce qui est produit sur le plan alimentaire est détruit sans avoir été consommé alors qu'à côté de ça il y a des gens qui ont faim ("mais tu comprends rien Dreamha, le système ne marche pas comme ça"). Pourquoi on fait croire aux gens que plus ils gagneront d'argent plus ils seront heureux, pourquoi on leur fait croire qu'une bonne situation, "réussir sa vie", c'est avoir un compte en banque bien garni?

Pourquoi le bonheur ça ne serait pas tout simplement de faire ce que l'on veut, ce qui convient à l'individu, qui en assumera les conséquences, assumera ses  choix? Je n'ai rien inventé, un homme d'Eglise a dit en 100 et quelque "si tu veux manger, travaille". Aujourd'hui, on est dans un système où les gens revandiquent des  droits avant même de s'être interrogés sur leurs devoirs. On leur donne même de l'argent quand ils ne travaillent pas, au nom d'un minimum de vie dit "décent". Certains ont cotisé quand ils travaillaient, certains ont peu travaillé mais touchent quand même de l'argent, d'autres auront travaillé toute leur vie et donc cotisé toute leur vie mais ne toucheront jamais rien.

Et ceux qui touchent de l'argent en restant chez eux ne voient pas pourquoi ils se bougeraient le derrière pour aller gagner la même chose en travaillant., ils laissent ça aux autres. Un soir où je ne dormais pas en cours d'économie j'ai retenu cette phrase du prof, je n'oublierai jamais la lueur ironique qui animait ses yeux en prononçant ces mots: "le plein emploi ne sera pas atteint quand tout le monde travaillera, mais quand tous ceux qui veulent travailler auront un emploi", la différence est de taille.

Ce cher système actuel entretien l'inactivité en donnant de quoi vivre. J'exagère? A vous de me dire. Il y a 4 ans j'ai fait la connaissance de quelqu'un que j'ai cru aimer, des liens se sont noués. Il ramait financièrement, j'ai réglé ses factures les plus urgentes pour calmer la pression qu'il subissait, total du coup de main 570 €, qu'il promettait bien sûr de rendre quand il pourrait, ce que j'ai été assez bête pour croire. Mais il ne voulait pas se priver, lâcher  entre autre ses deux abonnements télés, je me faisais envoyer sur les roses chaque fois que j'osais le suggérer. Bilan des courses, aujourd'hui il est fiché à la Banque de France, en commission de surendettement, et vu ce qui lui reste chaque mois il ne peut pas me rembourser, je ne sais pas si j'aurai un retour un jour, en plus je suis la grosse méchante qui a osé le harceler pour lui demander quand il me rembourserait.

Mais ça ne m'a pas servie de leçon. Il y a un an et demi, j'ai reçu une importante somme d'argent innatendue. Je savais que je ne pourrais l'utiliser qu'à partir de maintenant, alors en attendant j'en ai placé une partie, et j'ai utilisé l'autre pour aider autour de moi. J'ai preté 3900 € à un couple avec enfants qui ramait, une grande partie devait me revenir dès qu'ils auraient vendu leur moto, le reste devait être remboursé de façon à être soldé début juillet.

La moto a été vendue, je n'ai rien vu revenir "désolés on a eu des imprévus, on commence le mois prochain". Mon ex-mari a même trouvé un job  au mari pour quelques mois, je connais la personne qui l'a payé, il a gagné en 4 mois 4000 €, je n'en ai rien vu., une grande partie est passé en alcool Aujourd'hui je vais attaquer mes travaux, ils me doivent encore 2 500 €, j'ai eu 30 € ce mois-ci, je dois dans mon financement prévoir d'emprunter ce qu'ils me doivent, et je ne suis pas prête d'en voir la couleur, vus qu'ils ne bossent ni l'un ni l'autre. Mais eux on ne les emmerde pas au niveau de leurs gosses, car madame les emmène à l'école à l'heure tous les jours, et ils sont propres sur eux. 

Par contre moi je viens de me recevoir une lettre, l'assistante sociale veut me voir à mon domicile mercredi prochain vers 10h30, accompagnée d'une puéricultrice (pas de bol je bosse), suite je cite "à une information préoccupante émanant de l'Education Nationale concernant la prise en charge de [mes] enfants. J'applaudis des deux mains les directeurs de l'école maternelle et primaire qui ont déclenché cette merde à trois semaines de la fin de l'année scolaire. C'est vrai qu'un petit conflit avec les services sociaux, c'est exactement ce qui me fallait en ce moment alors que je peux enfin faire les travaux pour nous sortir de là, un petit coup d'épice ça réhausse toujours les plats.

N'oubliez pas Saint-Ex, ne me demandez pas plus que je ne peux donner: je ne peux pas pour le moment me plier aux contraintes de votre système éducatif, vous ne l'acceptez pas, soit. Mais alors, laissez-moi le choix de m'en soustraire afin de ne plus vous polluer avec un cas particulier, et arrêtez de me pourrir la vie. Vous ne comprenez pas que c'est vous qui me poussez un peu plus chaque jour à rejeter ce système par de tels agissements.

Je ne lâcherai pas si près du but, je n'ai pas encaissé tout ça ces dernières années pour renoncer maintenant. Vous croyez agir dans l'intérêt de mes enfants, avec vos conneries tout ce que vous allez gagner si je lâche c'est que vous allez leur faire perdre tout ce que je tente de stabiliser pour eux. C'est ça le système? Bah je confirme, revoyez votre copie.

23:55 Écrit par Dream' dans Au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

je suis completement revoltée de ce que je viens de lire pour le rdv avec une AS franchement je crois que tes 3 enfants respirent le bonheur et surtout ils ont conscience des vraies valeurs et ils apprennent bien plus que les enfants abrutient devant la tv toute la journée ou à jouer seul à la console.Ces personnes n'ont jamais lu tes articles sur Beauval? n'ont ils pas vu l'avance de tes enfants ? et ne tiennent ils compte que d'un ressenti que d'une impression??? c'est revoltant parceque tu leur apportes bien plus qu'un soit disant confort materiel et quel pied de nez tu leur donneras quand tes projets de travaux aboutiront!!! moi je te soutiens parceque tu es une super maman et une femme de valeur intelligente avec un grand sens de l'analyse de l'autocritique

Écrit par : beedoo2003 | 20/07/2009

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