22/02/2012

Tous ensemble pour les restos du coeur...

Tous ensemble pour les restos du coeur...


... parce que personne n'est à l'abri, parce qu'on ne sait pas que dans sa rue des gens ont faim... parce que c'est un grand soulagement quand au moins on sait qu'on aura quelque chose dans l'assiette...


Souvent les gens pensent que seules certaines catégories sociales sont touchées par la précarité, que c'est une question d'éducation. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu des gens me dire "mais je ne comprends pas! Dans la façon dont vous vous exprimez on voit bien que vous avez un bon niveau intellectuel, comment en êtes-vous arrivée là?".


C'est très simple: on est tous des équilibristes. Diplômés ou non, seul ou en couple, parents ou pas, avec des connaissances ou aucunes... quand on tombe, on tombe. Si un vent violent déporte notre centre de gravité, notre verticalité n'est plus assurée: c'est la chute. Et des vents, il y en a de toute sorte autour de nous, sans compter les tempêtes à l'intérieur de soi qui, en sourdine, ravagent la confiance en soi et entrainent la peur de tout.


L'effort à faire, même s'il est difficile, c'est de pousser la porte des restos du coeur, et d'oser dire "je suis dans la panade, pouvez-vous m'aider?" De 2006 à 2009, j'ai eu besoin d'eux. C'était très dur d'y aller, la première fois je pleurais. De semaines en semaines, je repartais du centre avec de la nourriture, certes, mais aussi de la chaleur, celle de l'accueil des bénévoles, leurs sourires, leurs encouragements, leurs questions sincères sur mes évolutions. C'est bizarre comme sensation, mais quand je mangeais, j'avais aussi le sentiment de me nourrir de la force de Coluche. Sa grande goule lui donnait la force de dire tout haut ce que les gens pensaient tout bas, de mettre les pieds dans le plat et dire des vérités qui dérangent.


Jamais je ne me suis sentie assistée en bénéficiant de l'aide des restos, car dès le début il m'a été proposée de participer aux journées de collecte nationale, qui ont lieu chaque année début mars. Je n'ai jamais eu la moindre hésitation à répondre présente ces jours-là, car au moins je peux rendre un peu de ce qu'on me donne. Même après ne plus avoir eu besoin de leur aide, j'ai continué à bloquer chaque année ces deux jours pour les restos, c'est une évidence. Mon fils ainé, Livier, a même souhaité aider l'année dernière, car il disait "on doit rendre ce qu'on nous a donné, pour pouvoir aider d'autres gens".


Et puis dérapage, confiance à la mauvaise personne qui m'a plombée financièrement, un vol aussi en décembre, bref la pente est à nouveau savonneuse... J'ai mis longtemps avant de me décider à redemander de l'aide, parce que je sais que plus ça va plus il y a de gens qui ont besoin. Jusqu'à ce qu'il neige nous avons vécu sans chauffage. J'étais au bord du gouffre quand j'ai cédé aux insistances de mes enfants pour leur téléphoner. Je suis tombée sur le répondeur, j'ai laissé un message pour expliquer sommairement la situation et demander si je pouvais avoir un peu d'aide. Très rapidement j'ai été rappelée, une bénévole m'a dit "mais oui, viens vite! On va trouver une solution, ne t'inquiète pas". Re-pleurs...


Je me fixe d'y rester peu de temps, je veux que ce dérapage ne soit qu'un petit déséquilibre. Mais ce soutien m'est salutaire côté moral... ça me rappelle quand j'étais malade étant petite, que ma mère me couchait, me couvrait et allait faire un bouillon de légumes pour me soigner. Je ressens le même réconfort, et ça me donne envie de me battre pour guérir.


Voilà ce que sont pour moi les restos.


Ne vivre qu'en considérant le minimum vital, la nourriture, payer les factures liées au logement, considérer tout le reste comme du luxe, permet d'en savourer la moindre essence et ne laisse aucune place au blasement. Tout ce qui ne s'achète pas, et qui est accessible sans modération est beau: le soleil, le ciel quand il s'embrase, le vent, le chant des oiseaux, un bourgeon, les éclats de rire enfantins, les marshmallow fondus au barbecue...


Dépourvu de richesse matériel, on découvre ses propres richesses, celles qui ne se trouvent dans aucune banque. La force de choisir d'être gai même quand c'est dur, la force de voir des fleurs alors qu'on marche dans la boue. Laisser son âme s'exprimer, et avoir encore quelque chose à partager, pour faire sourire et réconforter ceux qui ont encore plus froid que nous.


J'espère un jour pouvoir les aider de ma voix et de mon coeur.

 

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